Mercredi 23 juillet 2008

Ponctualité nipponne oblige, les nouvelles séries de Juillet ont débuté, et si la variété est une nouvelle fois au rendez-vous, on remarque toutefois une nette recrudescence des anime purement typés service dans la cargaison estivale. Une bénédiction tant pour les pervers visqueux que pour ceux qui, harassés par les improbables quantités ingurgitées hebdomadairement, en profiteront galamment pour ne pas s'éterniser des mois sur ces produits libido-palliatifs, au propos quelque peu "oublié" dans la formule générale. C'est dans cette même optique que j'éviterai d'évoquer ces créatures aux forts relents onanistes, au demeurant pas nullissimes mais tellement faciles, parmi lesquelles Sekirei, l'inénarrable mecha-musume show Strike Witches ou les ballons dirigeables mammaires de Nogizaka Haruka No Himitsu. Autant d'anime dont les rares éléments intéressants - comprendre le *** - seront de toutes manières illico placardés via captures minutieuses sur une brochette de forums altruistes : même pas besoin de les suivre assidûment pour en profiter. D'ailleurs, finissez d'abord To Love-ru avant de courir dans les couloirs.

Non, moi ce que je veux, c'est dire deux mots à propos des anime de Juillet auxquels je crois.

D'emblée, j'admets volontiers que mon flair n'est pas infaillible, loin de là. J'avais placé une grande confiance en Macross Frontier, au vu de trois premiers segments relativement somptueux ; résultat, douze épisodes plus tard, l'anime est un échec cinglant, écartelé entre son scenario indigent, son chara-design affreux et son animation laborieuse digne d'un kodomo anime pakistanais. J'avais couvert Allison & Lilia d'un carnaval d'épithètes élogieux, mais la série à mi-parcours n'est toujours pas parvenue à surmonter son identité de petit conte attachant à l'ampleur limitée. A contrario, je n'attendais rien de The Daughter Of Twenty Faces, qui est actuellement selon moi l'anime le plus abouti de la vague initiée en Avril, et l'un des plus singuliers. Tout ça pour dire qu'effectivement, mes pronostics sont parmi les plus foireux que l'on puisse concevoir. Et pourtant, je récidive dans l'erreur avec un Top 5 egotiquement intitulé "Les Anime De Juillet Qui Ont Leur Chance De Me Plaire"...

5) Mugen No Jûnin / L'Habitant De L'Infini 
En dépit de mes profondes réticences, j'ai bien dû admettre que les premiers épisodes de L'Habitant De l'Infini s'en sortaient bien. Le scenario fait preuve pour l'instant d'une fidélité manifeste envers la cultissime oeuvre originale, retranscrivant efficacement l'esprit torturé et coupable de Manji, le rônin immortel - il sera forcément allégé par la suite étant donnée la courte durée de la série. Le graphisme quant à lui, grande interrogation qui taraudait les lecteurs du manga dès l'annonce de la mise en chantier de l'anime, abandonne le trait sauvage, crayonné et agressif de la version imprimée, difficilement reproduisible, pour un rendu plus coloré et viable qui n'est pas nécessairement hors-sujet. Malgré tout, il serait présomptueux de vouloir s'exprimer trop vite sur l'avenir de cette série signée Bee Train, tant le studio nous a acclimatés aux déceptions les plus diverses - Tsubasa Chronicle II, .hack//SIGN.

























4) Natsume Yuujinchou / Le Pacte Des Yokai

L'adaptation du shojo manga du même nom, succès de librairie avéré jusqu'en France. L'anime est produit par Brains Base, qui depuis quelques années franchit une à une les étapes qui mènent du statut de petit studio à celui de véritable compétiteur - on se souvient notamment de la plastique irréprochable de Kamichu ! en 2005. Ici le budget semble-t-il restreint ne permet pas d'honorer les précédents standards techniques de la maison, lacune qui se révèle en définitive secondaire lorsque l'on sait que l'anime est avant tout une fable, ou plutôt, une succession de fables reposant d'abord sur la morale du récit. D'épisodes en épisodes, le jeune lycéen Natsume essaie de libérer les démons que sa grand-mère espiègle a asservis naguère en scellant leur allégeance dans le Livre Des Amis : autant d'occasions de décliner une galerie de destins tragi-comiques susceptibles d'émouvoir les plus fleurs bleues d'entre nous. Dispensable de par sa nature-même de programme paisible étranger au suspense, pas franchement impressionnante, la série se montre en contrepartie modérément attachante et pourra éventuellement satisfaire les aficionados du genre yokai, dont je ne fais pas vraiment partie.



















3) Slayers Revolution
Un retour plus plaisant que celui frontalier de Zero No Tsukaima. Non pas la deuxième, non pas la troisième, mais bien la qua-tri-ème. Slayers Revolution est la quatrième série consacrée aux aventures déjantées de Lina Inverse, sorcière cupide, destructrice et pauvrement pourvue en tour de poitrine. L'anime vient enrichir une saga télévisée déjà bien copieuse, à laquelle il faut ajouter pas moins de cinq films et deux OVAs. Habitués du monde heroïc-fantasy insensément décalé qui caractérise l'anime, les membres de JC Staff ont repris les manettes et le moins que l'on puisse dire c'est que la réalisation paraît old-school ; au point qu'il est même parfois compliqué de faire la distinction entre la nouvelle série et ses aînées - la plus récente a pourtant onze ans. Au total 26 épisodes sont prévus, truffés de combats et de gags lourdingues où Gourry Gabriev le chevalier benêt joue encore un rôle de premier plan. Condition sine qua non au consentement du public, on retrouve au cast les mêmes seiyuu qu'à l'origine parmi lesquels, bien évidemment, Megumi Hayashibara, dont l'héroïne de Slayers demeure encore aujourd'hui, aux côtés de Rei Ayanami de Neon Genesis Evangelion, le rôle de sa vie. On pourra toutefois tempérer nos ardeurs otaku vis-à-vis de l'anime eu égard à la sérieuse stagnation, et non la révolution qu'annonce son titre, qu'il semble privilégier : pour être honnête un instant, seuls les fanboyz y trouveront un réel intérêt.













2) Mahô Tsukai Ni Taisetsu Na Koto
L'anime suit l'apprentissage méticuleux de Sora, une jeune fille qui a quitté sa campagne natale pour devenir une magicienne accomplie à Tokyo. Un air de déjà vu peut-être ? Certainement et pour cause, la série est un spin-off déclaré de Someday's Dreamer, que l'on ne présente plus et qui a connu son petit succès en France. Elle s'inscrit donc sans la moindre hésitation dans la même veine doucereuse, voire bucolique, articulant les thématiques les plus gentillettes pour appuyer l'idée de conte du quotidien, une constante irrépressible de la franchise qui avait jadis enchanté les uns au détriment des autres, écoeurés par tant de naïveté. L'animation, au gabarit modeste, est réalisée par Hal Film Maker, un petit studio que l'on associe souvent exclusivement à Saber Marionette J, oubliant au passage quelques séries un peu plus réjouissantes de leur catalogue - Princess Tutu dont l'intitulé est un repoussoir, le sanguinolent Dokuro-chan ou la production franco-nipponne Ôban Star-Racers pour ne pas les nommer. Moins convenue, la singularité esthétique majeure du programme tiendrait plutôt au fait que les décors ne sont pas dessinés à la main comme l'exige la norme, mais bel et bien photographiés in situ avant d'être retouchés sur Photoshop ou assimilé : le résultat, sympathique au premier abord, manque un peu d'âme et pourrait lasser à la longue. La lenteur relative de l'intrigue, qui parie sur son caractère tranquille, ne plaira pas non plus à tout le monde mais force est de constater que la série possède son atmosphère et son identité bien à elle.

























1) Birdy The Mighty : Decode
De loin l'anime le plus prometteur et séduisant de l'été. Il ne s'agit pas d'une suite aux OVAs éponymes de 1996, mais d'un retelling assez différent, adapté de la dernière mouture du manga de Masami Yuuki - entre autres choses, co-créateur en 1988 du robot anime le plus sous-estimé de tous les temps en Occident, j'ai nommé l'inoubliable Mobile Police Patlabor que chaque anime-fan se doit de (re)découvrir d'urgence. Pour en revenir à notre série, la nouvelle Birdy The Mighty : Decode conserve peu ou prou l'essentiel du concept de l'oeuvre originale : il s'agit toujours de narrer les péripéties cocasses d'une policière extraterrestre ultra-sexy qui, suite à un regrettable accident, doit temporairement "partager" son corps avec un lycéen un peu mollasson pas franchement partant pour latter de l'alien belliqueux. Outre un aspect comédie fortement marqué - quoique moins que dans les OVAs - l'anime est assez riche en action, laquelle prend souvent la forme de chorégraphies musclées à l'image des bons vieux henshin dont l'histoire s'inspire ouvertement, avec une affection particulière pour le légendaire Ultraman de 1966. Sans être renversante compte tenu des 13 brefs épisodes qui formeront la série, l'animation de A-1 Pictures reste néanmoins dynamique - l'équipe provient en partie du projet Noein après tout - et le programme propose une utilisation plutôt convaincante des CG - plusieurs séquences remarquables de course-poursuites urbaines sont là pour l'illustrer. Au final, on se retrouve donc avec un vrai petit anime comme on les aime, à la fois vintage dans ses concepts et attractif pour la frange otaku actuelle, celle-là même qui pourra y réviser certains fondamentaux de sa culture d'appartenance.
























Tous ces avis raisonnablement positifs sont amenés à changer du jour au lendemain, car ils ne s'appuient que sur les premiers épisodes. Concernant la série qui talonne le classement, il s'agit de Yakushiji Ryôko No Kaiki Jikenbo de Dogakobo, dont les allures d'enquête policière et les personnages trentenaires sont trop rares pour être snobés. Le prix du plus gros pétard mouillé revient quant à lui à World Destruction de Production IG, ex-aequo avec Telepathy Shojo Ran - mal - animé par TMS. Je laisse bien évidemment une place au chaud pour Ultraviolet : Code 044, dernière série en date du génial Osamu Dezaki chez Madhouse et que je n'ai pas pu découvrir pour le moment, ainsi que pour la nouvelle création entièrement 3D de TMS, Scarecrow, qui à tout hasard n'a aucun rapport avec Batman. Si quelqu'un a eu des échos, nous sommes tout ouïe merci.

Enfin très brièvement, voici les anime de la prolifique vague d'Avril qui auront finalement eu ma préférence. Oui, les Top 10 sont si rebattus à tous les coins du net que j'opte présentement pour un Top 8. Certaines séries sont encore en cours de diffusion au Japon, aussi le classement n'est-il pas irrévocable :

8) Golgo 13 TV
7) Kurenai

6) Itazura Na Kiss
5) Allison & Lillia
SPECIAL OUT RANK > Chi's Sweet Home
4) Code Geass R2
3) Kaiba
2) Soul Eater
1) The Daughter Of Twenty Faces

par Amrith Zêta publié dans : Anime X-Tra
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Vendredi 20 juin 2008

Jeudi 

 

Courts-Métrages (3)

L'excellence côtoie l'excellence dans ce programme. Because You Are Gorgeous s'attarde sur les mésaventures d'un phacochère qui en dépit des catastrophes en série qui s'abattent sur lui à cadence frénétique, tente de conserver sa crinière laquée de top-model intacte. Produit en Afrique du Sud, le film est techniquement rudimentaire mais ne lésine pas sur l'humour. Dans le même registre drôlatique, John & Karen est un court anglais qui met en scène la réconciliation d'un ours polaire et d'un pingouin femelle après une dispute plus ou moins conjuguale, et Neko No Shukai un sketche narrant la rébellion avortée d'un groupe de chats corrompus – mondialement célèbre depuis sa diffusion sur la NHK. Mais l'oeuvre qui a obtenu mes faveurs les plus inconditionnelles est sans doute Rybka, un récit russe au graphisme chaleureux, dans lequel une petite fille essaie de ressusciter un poisson pêché par l'homme effrayant qui vit près de chez elle. Débordant de sensibilité, touchant sans être facile, le résultat fait plaisir à l'âme. Dernier court projeté, cette fois en provenance de Croatie, Ona Koja Mjeri est un violent réquisitoire contre la société de consommation, où un homme seul tente d'arrêter le flux de ménagères poussant leur caddie dans le vide, l'air hagard. Une réussite qu'il faut saluer tant l'exercice du dogme situationniste traduit en dessins aurait aisément pu sombrer dans la démagogie paternaliste.

 

A côté de moi durant une heure quarante, une ravissante et consciencieuse étudiante de l'université de Tokyo prend méticuleusement des notes à propos de chaque court projeté. Une intense diaphorèse – synonyme de transpiration bande de tordus – s'empare de mon épiderme. Je sens subrepticement monter en elle la flamme du désir lorsque n'écoutant que mon courage, je la protège tel un général d'un escadron d'avions en papier piquant depuis le plafond. Un sourire mutuel digne des pires shojo manga fait le pont entre nos coeurs. Mais notre amour sera malheureusement de courte durée. Pressés par la foule animale qui s'agglutine et se débat sauvagement pour fuir la salle parsemée de cadavres d'aéronefs, nous nous séparons brutalement comme une bogue et sa châtaigne. Mes multiples excursions et tentatives obsessionnelles pour la retrouver par la suite, jusque sous les tables du Quick de Bonlieu ou cachée au fond du lac avec un tuba, demeureront sans résultat.

 

Courts-Métrages (4)

Par opposition à la précédente séance, celle-ci rassemblait sans aucun doute les courts-métrages les plus... cherchons l'euphémisme adapté... "difficiles" voilà, de la sélection. Film noir et blanc polonais – tout est dit – Kizi Mizi partait pourtant d'une idée ludique : celle de raconter comment peu à peu le mariage d'un gros matou stakhanoviste et d'une souris dépressive vire à l'adultère. Malheureusement, l'excellente bande-son aux accents soul ne parvint pas à laver l'affront d'une forme repoussante et de dix minutes aisément superflues, qui plongèrent les spectateurs dans la spirale de l'ennui. A ce stade, même les lanceurs d'avions se sont collectivement effondrés comme un parcours de dominos. Encore plus rebutants, la co-production franco-danoise Shaman, conte écologique saccadé, très laborieuse à suivre car uniquement construite à partir de l'enchaînement de peintures fauves, ou l'anecdotique court iranien baptisé Other Being et ses poissons hémoglobinophages, firent soupirer plus d'un festivalier léthargique. En définitive, meilleur film de la compilation, véritable messie intervenant en dernière position, l'hexagonal Skhizein a su remonter le niveau général d'une programmation où tous les intellos s'étaient donnés le mot pour fournir la gamme la plus fastidieuse qui soit. Il narre le quotidien tragi-comique d'un homme qui, après avoir été frappé par l'onde de choc d'une météorite, vit dorénavant situé à un mètre de lui-même.

 

La séance s'est éternisée et me voici en retard pour le film suivant. De nombreux spectateurs trottent avec moi depuis Décavision pour rejoindre le lieu de la prochaine projection. Nous avons l'air de crétins cosmiques, mais nous arriverons juste à temps.

 

Piano No Mori

Deux gamins, l'un issu d'une catégorie sociale élevée et dont la destinée pré-écrite est de marcher sur les traces de son paternel musicien, l'autre fils de prostituée et cancre notoire, vont s'unir puis se confronter autour de leur passion viscérale commune : le piano. Réalisé en grandes pompes par Madhouse – précisément par Masayuki Kojima à qui l'on devait l'adaptation télévisée de Monster – d'après un manga éponyme simple mais efficace, le film est une nouvelle variation typiquement japonaise sur le dépassement de soi et les embûches jalonnant une amitié fragile car naissante. Satisfaisant dans l'ensemble, truffé de bons moments dans la veine intimiste si prisée de l'anime long format, le récit souffre toutefois du caractère un peu répétitif qu'imposent les limites de la thématique abordée, d'un doublage original poussif et de deux parties aux tonalités trop distinctes, la seconde moitié se révélant bien meilleure, au prix de l'irruption fréquente de séquences à dominante humoristique. Ces dernières, très réussies, ont fait hurler de rire le public mais contrastent de manière trop appuyée avec le début du film, de sorte que Piano No Mori a du mal à préserver l'évidence d'une cohésion lisse et finie. J'admets, je cherche un peu des noises à un produit chiadé sous toutes les coutures.

 

Sur les conseils avisés de mon oncle, évitant soigneusement la soirée Dj machin-truc qui prend le relai des films, je me rends à présent au restaurant dit La Terrasse Du Cyclope. Les prix sont pas les plus bas qui soient, le chat de la patronne se balade sur vos genoux pendant que vous mâchez, mais l'entrecôte vaut son pesant de cacahuètes. Et du rhum modifié en guise de digestif, c'est le pied, sans verrue.

 

Vendredi

 

J'arrive en avance, tout de noir vêtu, devant la Grande Salle où doit se jouer le film. Allez comprendre pourquoi, ma chemise noire a convaincu cinq personnes d'affilée de venir me tendre leur ticket religieusement : "Merci bien, mais que voulez-vous que j'en fasse ?" dis-je poliment. En fait, ils m'ont pris pour l'ouvreur.

 

Peur(s) Du Noir

Se lever le matin pour un film français, noir et blanc de surcroît, je ne suis pas dans mon état normal. Peur(s) Du Noir est en fait un long-métrage, ou devrais-je dire un omnibus, contenant plusieurs courts articulés autour de la même thématique infinie de la peur. Des voix connues comme celles de Guillaume Depardieu ou Nicole Garcia doublent les personnages des divers récits, qui n'avaient pas nécessairement besoin de ça. Bien sûr, qui dit plusieurs histoires dit automatiquement irrégularités qualitatives, et si le premier chapitre odieux dans lequel un jeune homme timide passionné par les insectes se voit abordé par une femme possessive à sa manière est un régal de subtilité horrifique, celui narrant la traque d'un animal monstrueux dans une petite commune champêtre n'a pas grand intérêt narrativement parlant. Entre chaque épisode, le film est parcouru de monologues plus légers et distrayants où une femme inconnue nous livre ses peurs, largement moins fantasques, de devenir une électrice de centre-gauche ou de n'avoir rien accompli d'utile à l'orée de son décès annoncé. La réalisation d'ensemble est soutenue, avec de nombreuses trouvailles et jeux d'ombre ingénieux qui installent la relation avec le public, et la bande-son emblématique s'imprègne aisément dans le mental. Pour résumer, on pourrait dire que Peur(s) Du Noir est une réussite honorable quoique sans étincelles, dotée d'une animation appliquée, appréciable pour sa capacité à être intello sans tirer sur la corde ni miser sur la posture... et qui appelle volontiers une suite dans la même lignée !

 

Où est-ce que je pourrais prendre un petit remontant vite fait ? Nulle part ?

 

Appleseed Ex Machina

Même chose qu'avec 5 Centimeters Per Second, comme bon nombre de délinquants je connaissais déjà le film dans les grands contours. Reste qu'il faut le voir sur grand écran pour réaliser combien il est décevant à tous les niveaux. J'ai toujours été un défenseur du premier volet, et me suis souvent senti seul dans cette position, mais Shinji Aramaki – et son comparse John Woo, lequel a produit sans raison cette pseudo-séquelle inutile – ne pourront pas compter sur mon soutien aujourd'hui. Certes, le cel-shading est enfin poussé dans ses derniers retranchements, et en conséquence Deunan est superbe, de même que les effets pyrotechniques ont été largement amplifiés. Malheureusement, à la manière d'un mauvais jeu-video, le film se repose sur la bonne exploitation du hardware pour oublier l'essentiel de ce qu'est une démarche artistique : un vrai storyboard dynamique, une chorégraphie dans les combats, entre autres bases fondamentales du travail d'animation, sont cruellement absents du résultat final. Le scenario souffre en outre du syndrôme Spiderman 3, au sens qu'il superpose trois ou quatre histoires les unes sur les autres mais ne parvient alors à en traiter qu'une seule de façon complète et pertinente. Entre la création d'un "clone" de Briaeros, la contamination de ce dernier par un virus, le complot visant à créer une harmonie planétaire, le projet d'unification des satellites sous l'égide d'Olympus etc... sans être totalement raté, Appleseed Ex Machina part dans tous les sens, se perd régulièrement dans ses bavardages et échoue à créer un spectacle réellement captivant. Pour couronner le tout, ses performances graphiques ont beau avoir supplanté celles de son aîné, elles sont mises au service de séquences d'action mal pensées en amont, et qui peinent à susciter l'implication du spectateur. Conclusion, c'est avec une inquiétude fraichement matérialisée que j'attends l'avenir de la franchise, au travers de la série Appleseed Genesis prévue pour 2009.

 

Je m'arrête devant le chocolatier en face de l'église. Mes narines palpitent. Quand j'étais collégien, je prenais chaque année des petites pièces en chocolat ici.

 

Courts-Métrages HC (4)

Après avoir croisé le très discret Matt Groening, perdu dans le même couloir que moi une peluche d'Homer Simpson sous son bras, je rejoins la file des courts-métrages hors-compétition. J'y fais la rencontre d'un vieux barbu agréable et enthousiaste, dont la physionomie m'évoque étrangement les grandes heures du Parti Communiste, et qui semble partager mon opinion quant aux films diffusés la veille. Tandis qu'une complicité indigeste s'immisce peu à peu entre nous, je suis malencontreusement contraint de lui avouer que mon barbu favori restera toujours Alain Carrazé, mettant ainsi un terme à la discussion quelques secondes avant que la salle ne s'obscurcisse. Plusieurs métrages intéressants se démarquèrent du lot : Boby Le Zombie se révéla être un élégant essai 3D, I Met The Walrus un retro-hommage amusant à John Lennon et Le Vol Du Poisson, quoique tirant sur l'abstrait, se distingua par une esthétique à part relativement impressionnante.

 

Dehors, la rue est anormalement moins peuplée que d'habitude. Les visages sont solennels, comme si un enjeu planétaire s'était mis en branle au-dessus de nos têtes. Quelque chose me dit qu'il y a du football dans le poste ce soir... Et quatre-vingt dix minutes plus tard, quelque chose me dit que la France s'est pris une méchante raclée. Evidemment pour fêter ça, whisky puis hentai, trop la non-classe mon séjour annécien.


Mais l'Heure est proche...

 

Samedi

 

Der Mondbär : Das Grosse Kinoabenteuer

Un film d'origine allemande proposé en avant-première, destiné en priorité aux enfants. Je n'ai pas pu en profiter comme je l'aurais souhaité, puisque ce titre était l'un des rares à déroger à la norme de diffusion en VO sous-titrée anglais du festival : audio dans la langue de Shakespeare uniquement. De manière très schématique, c'est l'histoire correctement réalisée d'un nounours qui rêve de rencontrer la Lune. Au sens propre, puisqu'elle est ici bien vivante et expressive. Les personnages en CG sont incrustés sur des décors pastels, pour un résultat sans envergure notable mais qui n'a pas non plus à rougir vis-à-vis de la concurrence.

 

De retour sans motivation aucune à Quick, un airbus artisanal dans les cheveux, je me tâte... non pas comme ça, je me tâte pour savoir si le Omar Burger mérite d'être lui aussi comprimé entre mes dents. Cédant au conservatisme, je renonce et me fixe à nouveau au hamburger de l'autre jour, celui "de" son compère Fred. Je fais que bouffer, merde. A défaut de vidanger mes poches adipeuses habilement entretenues, le film suivant promet au moins de me vider la tête.

 

Hokuto No Ken : L'Ere De Raoh

Me remettrais-je du traumatisme d'avoir vu Télérama parmi les partenaires d'un festival proposant ses écrans au survivant de l'enfer ? Le public de cette séance trouve son originalité dans sa moyenne d'âge plus basse et les visages de geeks narquois que ses éléments arborent. Il est vraisemblablement puceau du rituel des avions en papier car il se mure dans un calme auquel je n'étais plus habitué. Consommateurs assidus de shonen ou ex-fans du Club Dorothée s'emparent graduellement de chaque siège alors que j'essaie de me remémorer les moments clefs des aventures de Kenshiro. Hokuto No Ken : L'Ere De Raoh est la première partie d'une trilogie – complétée par deux OVAs parallèles – retraçant la lutte fratricide des personnages clefs de la saga post-apocalyptique. Sans être un spécialiste de l'homme aux sept cicatrices, j'en sais suffisamment pour éprouver un doute concernant le choix de Raoh comme étant l'arc le plus judicieux à adapter. Qu'à cela ne tienne, le scenario du film tient plutôt bien la route et le plaisir de retrouver le héros du Hokuto est resté intact. Le fait que Hokuto No Ken n'ait pas eu beaucoup de chance dans ses dernières versions animées – Shin Hokuto No Ken en 2003 était une catastrophe sur le plan du script – joue certainement en la faveur des honnêtes produits que sont les nouveaux films. Evidemment, on regrettera que le budget rachitique accordé à l'ouvrage ait contraint l'équipe à réduire les combats à leur strict minimum, voire même à les cantonner à du off-screen. On déplorera aussi que Reina, nouveau personnage designé par Tsukasa Hojo, monopolise du temps d'antenne retiré de facto à Kenshiro et Raoh. Mais ces quelques défauts crispants seront vite oubliés par les fans lorsque, sur fond d'un excellent remix du générique original de 1984, Ken se réveille enfin et traverse un épais rideau de poussière pour dégommer comme il se doit l'infâme Souther.

 

Emu par ce retour dans le temps sans équivoque, je pars me remettre d'aplomb dans un café situé juste derrière. La serveuse blonde raconte sa vie, ses désillusions, tandis que les clients approuvent d'un hochement de la tête à tout ce qu'elle expulse sans faire de commentaires.

 

Evangelion : 1.0 You Are (Not) Alone

Voici comment j'envisageais la chose au départ : un passage obligé, un moyen accessible de bien finir la semaine, un acte logique, sans plus. Oui sans plus. En effet, ayant complètement digéré le film trois à cinq-mille fois depuis la fin 2007, c'est un peu par routine et les mains fourrées dans mes poches, débarassé de toute forme de désir, que je me suis rendu tel un automate pré-programmé à la projection de Evangelion : 1.0 You Are (Not) Alone, dernière mouture en date du chef-d'oeuvre de Hideaki Anno. Premier constat l'affluence est importante, des dizaines de personnes sont venues spécialement de toute la France pour célébrer le film en question, après avoir simplement ignoré voire snobé la quasi-totalité du reste de la sélection du festival. Je suis le premier arrivé, ou presque. Quelques fans purs et durs et un journaliste d'AnimeLand se mettent rapidement en ligne à mes côtés, devant l'escalator menant à la salle Décavision 3 – parmi eux, un spécimen particulièrement fanboy avec lequel j'ai joué un quart d'heure durant à qui de nous deux avait la plus grosse... collection. Avant de m'en rendre compte, désinhibé et banni par mon propre autisme, je m'attelle déjà à exposer à une demi-douzaine de profanes les raisons de l'immensité artistique sinon eschatologique de Evangelion. Ca tombe bien, ils me prennent eux aussi pour l'ouvreur et en conséquence me donnent pignon sur rue.


Quelques coudées franches plus tard, le film débute au milieu des jets d'avions. Je soupire en imaginant que la prévisibilité d'un scenario déjà multi-consommé effacera vite le caractère inédit de l'instant. Et là à mon grand étonnement, tout est différent. L'image amplifiée d'une part. Mais surtout, le son. Après bientôt quatorze ans, ce sont les personnages de Evangelion que je vois sur grand écran, cernés par des explosions retentissantes, dans une salle située quelquepart en France. Submergé par une sorte d'incrédulité défiante, j'ai l'impression qu'un bond phénoménal s'accomplit, que les points cardinaux de l'univers ont permuté du jour au lendemain, sans raison valable. J'expérimente peu à peu l'euphorie fusionnée au malaise que peut ressentir une groupie sentimentale face à son idole. Je pourrais dire que le visionnage dans ces conditions fut un incommensurable plaisir. Ce serait inexact ou imprécis. Durant tout le film, mes muscles sont contractés au maximum, mon corps est plusieurs fois pris de spasmes surnaturels. Le chemin de croix de Shinji me fait mal, chaque moment intense est vécu douloureusement, ma tension artérielle est au plus haut et ne redescendra partiellement que le lendemain. De mémoire, c'est la première fois que je suis sorti d'une projection aussi harassé, impressionné, complètement paumé et exponentiellement hanté par le sentiment de crainte commun aux personnages de la série. Je croyais deux heures plus tôt que cette séance serait superflue. En fait, je pense aujourd'hui que Evangelion : 1.0 You Are (Not) Alone n'a aucun sens en dehors d'un cinéma : le film est tout bonnement terrifiant, imposant comme le mâle dominant d'une troupe de caribous géants. Une opinion de converti que le public de la salle, dans son ensemble, fut loin de partager, accueillant le long-métrage avec une froideur relative matinée d'indifférence. Nombre de spectateurs, sans doute peu habitués aux gimmicks les plus otakus, ont quitté les lieux à mi-parcours et l'ovation finale se résuma in fine à trois applaudissements timides et disparates durant le générique. Ce demi-échec fut pour moi la preuve bienvenue que, finalement, le monde n'avait pas tant changé que ça en un samedi.

 

Un dernier soir, un dernier repas. Je goûte du reblochon rôti, un vrai truc de savoyard. Miam. Merci, à tous les enfants du monde, c'était chouette. Maintenant, je plie bagages pendant que Laurent Ruquier rit bêtement sur l'écran. A l'aéroport, la mélopée des chaussures qui claquent sur le sol marbré se mêle aux bande-sons des films bigarrés que j'ai plein la tête.

 
Consulter le palmarès du festival sur le site de l'édition 2008 : ici
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par Amrith Zêta publié dans : Anime X-Tra
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Vendredi 20 juin 2008

Du 09 au 14 Juin se tenait le 32ème Festival International du Film d'Animation d'Annecy.
Une édition un peu spéciale puisque 2008 incarne ni plus ni moins que le centenaire du dessin-animé.

 

Mardi

 

Mon avion se pose enfin à Genève avec quatre heures et demi de retard – la cause invoquée par EasyJet en lieu et place du label EasyJet est la grève des camionneurs portuguais. Résultat des courses, je manquerai la première séance de la journée.


Mon oncle, très sympathique et serviable, vient me chercher à l'aéroport. Le trajet jusqu'à Annecy prend près d'une heure à cause des routes serpentantes que l'important traffic nous contraint à emprunter. Arrivé à destination sous une pluie battante, je cours retirer mes billets à l'espace Bonlieu, joliment aménagé pour l'occasion et saturé d'étudiants de toutes les couleurs, lesquels passent leur temps entre les marches situées devant l'accueil et la boutique de BD Fugue. On me remet mon petit pendentif qui arbore les couleurs de la future saison de Oggy Et Les Cafards, ainsi que les deux gros guides reprenant les détails de la programmation.


Plus de temps à perdre, direction Décavision, le plus grand cinéma de la ville où l'on trouve même des bornes d'arcade Mario Kart et Virtua Tennis 3... mais c'est un autre sujet. En passant, je remarque – mais comment faire autrement – une gigantesque pancarte promotionnelle pour le film de Totally Spies ! prévu l'an prochain. Clover, c'est toi ma préférée.

 

Courts-Métrages (1)

Je découvre médusé l'introduction animée réalisée pour Annecy 2008, rappelant de manière caustique et en chanson la liste de tous les partenaires et sponsors divers du festival. Elle utilise en fait les personnages de la série Mandarine & Cow, diffusée depuis quelques mois sur France 3. Apparemment, une certaine frange du public connaît déjà les paroles par coeur, et j'ignore à ce moment que ce sera bientôt mon cas. L'instant d'après suit l'un des cinq spots produits spécialement par l'Ecole des Gobelins pour l'occasion, en l'occurrence une magnifique course-poursuite sur les sommets d'un gratte-ciel – les quatre autres, également somptueux, n'égaleront toutefois pas cette prouesse aux allures disneyennes. La séance en elle-même peut se résumer à quatre films de qualité supérieure et six autres plus nuancés. Chef de file d'entre tous, le formidable La Maison En Petits Cubes est une allégorie fantastique sur l'accumulation des souvenirs. Tôt pressenti comme l'un des favoris, il remportera finalement le Cristal du meilleur court-métrage, ce qui en fait le second dessin-animé japonais jamais récompensé par le prix ultime à Annecy. Le hongrois Kjfg No 5 est un sketche attachant mettant en scène un ours, un lapin et un loup pas futés qui tentent d'organiser un concert dans la forêt mais sont sans cesse interrompus par le chasseur venu leur trouer la peau. Fantaisie En Papier Bulle est, comme son nom l'indique, une expérimentation visuelle au moyen de papier bulle, et Berni's Doll un intéressant conte 3D dans lequel un homme commande une femme en pièces détachées pour altérer sa pesante solitude.

 

Le programme fut aussi l'opportunité de vérifier le rituel adolescent précédant chaque projection. La règle est simple : plier toutes les feuilles en votre possession de sorte à concevoir un avion en papier, et le jeter de toutes vos forces en espérant qu'il touche l'écran en bout de salle. Recommandation éthique : les victimes qui succomberont au passage n'ont aucune importance. Des centaines de cochonneries s'amoncellent désormais par terre ? Pas grave, les bénévoles les ramasseront. Autant dire que les étudiants étrangers, d'une sagesse épiscopale, ont du mal à comprendre ce qu'il se passe.

 

Programmes TV (4)

 

Halvseint, un talk-show animé fictif diffusé en prime-time en Norvège, me laisse légèrement circonspect. L'humour nordique très particulier désamorce chez nous la moitié des gags, même si la matière restante est copieuse. Coup de coeur pour une série américaine, le délirant The Adventures Of Baxter & McGuire, où la rivalité quotidienne de deux testicules bavards aux caractères diamétralement opposés. Tout aussi timbrée mais native de Grande-Bretagne et faisant appel au découpage, Talented Mouse tourne autour des blagues téléphoniques idiotes d'une souris, certes intelligente, mais en tous les cas mythomane. Le programme poursuit son petit chemin et culmine sur la seule série un tant soit peu sérieuse de la sélection : le très bon premier épisode du célèbre Kitaro Le Repoussant est projeté en guise de gong final nippon.

 

Je sors de l'édifice à toute vitesse avec le souhait de libérer mon ventre gargouillant. Affamé comme moi, mon cousin supplie la serveuse du Quick sur le point de fermer de céder un Fred Burger, celui-là avec tout plein de fromage qu'il y a dans la pub à la télé. Apitoyé par ma dégaine, le généreux gérant dans son dos rapplique et nous offre le précieux graal gratuitement, que je ne tarde pas à dévorer sur le parking. C'est l'heure de rentrer précocément à la maison. Avoir de la famille sur place à la bonne période, c'est plutôt commode. Tiens, il y a la télévision maintenant dans la chambre que l'on m'a attribué... et elle reçoit mystérieusement Série Club et Paris Première... laquelle a choisi pile cette semaine pour diffuser du hentai toutes les nuits. Pari réussi pour le canal branchouille, il me sera très difficile de dormir dans ces conditions. Et pour cause, les androïdes lycéennes que l'on fait se battre contre des lesbiennes au rire machiavélique dans des arènes futuristes, c'est ma passion depuis toujours. Durant l'émission de cet anime ô combien crucial, je découvre une verrue douloureuse sous mon pied, qui va m'enquiquiner jusqu'au bout.

 

Mercredi

 

Bon c'est décidé, je vais passer le bonjour vite fait à ma cousine de huit ans juste après le café. Alors que je m'attendais plutôt à voir une demi-portion à couettes, je (re)découvre avec stupéfaction une accro à la Wii, également rôdée à la PSP, praticienne émérite d'internet et érudite des Pokemon branchée 24/24 sur Jetix. Désarçonné par le changement entamé, je me dois de me resaisir et de lui rappeler qui de nous deux domine la situation : "Tu savais que Pikachu a dû s'y mettre à plusieurs pour vaincre Dragonite ?" Aussitôt, mon aura auprès de la petite prit des proportions indicibles et je pus sans heurts m'en aller, la tête haute.


Hasta la vista.

 

Idiots And Angels

Nouveau film de Bill Plympton, réalisateur de Mutant Aliens entre autres comédies animées noires et corrosives, Idiots And Angels raconte comment le quotidien d'un individu hédoniste, dédaigneux et méprisable va changer du tout au tout lorsqu'il se réveille un matin ordinaire avec une paire d'ailes collée à son dos. Entièrement muet, le long-métrage remarquable consiste en la bagatelle de 25 000 crayonnés grisâtres, produits en personne par Plympton et intentionnellement vieillis puis raturés par le biais informatique pour conférer au récit une atmosphère mystérieuse et résolument sombre. Histoire personnelle d'une rédemption, par moments parodie de super-héros, le film bénéficie d'une mise en scène extrêmement travaillée, où les séquences descriptives regorgent de symboles plus riches les uns que les autres et où l'onirisme aérien pointe souvent dans la plus morose des banalités. Présent dans la salle lors de la projection et particulièrement disponible, le réalisateur eut l'amabilité de répondre en fin de séance à quelques interrogations du public, et ne manqua pas de formuler un appel sans trop de conviction pour une distribution du film aux quatre coins de l'hexagone. Pendant un bref instant, l'idée me prit d'émettre à mon tour une question d'ordre technique, mais le très bon niveau d'anglais de mes prédécesseurs, manipulant une syntaxe troussée et élégante, m'injoncta finalement de me taire : inutile de me couvrir de ridicule avec un accent bucolique, dans une pièce blindée de polyglottes, qui plus est armés d'avions en papier prêts à me dégommer. Sans réelle surprise, il s'avèrera plus tard que Idiots And Angels a fait sensation auprès du jury, au point d'obtenir en clôture le second prix de sa catégorie, autrement dit la Mention Spéciale du long-métrage d'animation. A noter que le court-métrage Hot Dog, issu du même monsieur, a également été projeté à deux reprises durant le festival.

 

Sans plus attendre, je fais un petit détour pour demander aux gens compétents s'il ne resterait pas une place de libre pour la rétrospective sur Tex Avery. La réponse négative me pousse alors à considérer l'exposition dédiée à Emile Cohl, plantée non loin du casino. C'est fort intéressant, mais les aiguilles continuent d'avancer trop vite et je dois marcher à grandes enjambées pour honorer mes priorités.

 

5 Centimeters Per Second

Salle Pierre Lamy aux abords de la vieille ville, je passe de manière tout à fait ingrate à côté de Barry Purves – le maître absolu du cinéma de marionnettes – sans un regard pour rejoindre la salle où le sinistre ballet des avions a déjà repris. L'un des volatiles furieux atterrit sur ma main et me transperce la peau, déclic qui me fait réaliser combien un crash dans l'oeil ou la jugulaire serait douloureux. Bref, je suis venu pour voir le film de Makoto Shinkai, déjà entraperçu sur un écran de PC mais qui méritait un traitement un peu plus favorable. D'une beauté imparable, démontrant fois dix la supériorité technique indéniable des japonais dans le domaine de l'animation, 5 Centimeters Per Second demeure donc charmant, malgré le sentiment niais qui s'échappe sporadiquement de son histoire larmoyante, et que n'ont pas manqué de souligner ses détracteurs. Pour sûr, cette romance se conjugue à l'eau de rose et déplaira à ceux qui espéraient que les manches se retroussent et que les poings se ferment. Pour sûr, la comparaison entre les fleurs de cerisier, qui tombent de cinq centimètres par seconde, et la propulsion d'une fusée qui parcourt cinq kilomètres dans le même laps de temps, n'est pas très émouvante sur le papier. Mais Shinkai y met tant d'entrain et de passion que la dimension fleur bleue finit par s'estomper, pour ne laisser figurer qu'une nostalgie adolescente idéalisée et touchante. On a très très hâte d'assister à l'ascension finale de ce réalisateur qui signe là un petit trésor immersif, simplement contrarié par un scenario un peu mince.

 

A l'extérieur mon pied commence à m'embêter pour de bon tandis que je longe le fleuve en suivant un cygne à l'aise avec le courant contraire. D'années en années, ces bestioles se font de plus en plus rares. Je finis par rejoindre une galerie marchande où sont présentés des storyboards et dougas assez bien foutus de Chasseurs De Dragons, ainsi que des stand-up à l'effigie des personnages du prochain film de Folimage, Mia Et Le Migou.

 

Programmes TV (1)

Etouffant mon scepticisme primaire dans l'oeuf, la série canadienne Blaise Le Blasé me convainc immédiatement au travers d'un épisode tout bonnement désopilant que je pourrais revoir dès demain si l'occasion se présentait. Beaucoup moins esthétique, mais tout aussi hilarant, c'est Moot-Moot – doublé par Eric et Ramzy - qui prend la relève de la gymnastique des zygomatiques, avec un segment incroyable mêlant en vrac Karl Lagerfeld, des pillules pour mincir et un gosse qui rackette ses géniteurs. Suivent entre autres choses deux histoires piochées parmi les grands classiques des fameux Lascars, en présence des auteurs dans la salle, qui au passage ont annoncé la version cinéma de leur bébé pour 2009. Les réjouissances s'arrêtent peu après la projection de trois opus de Usavich, savoureuse shortcom japonaise en 3D où deux lapins taulards et pétomanes multiplient les bourdes durant leurs tentatives d'évasion. En effet, les essais suivants ne tardent pas à plomber sacrément l'ambiance. Apothéose du mauvais goût, Punch ! et son graphisme en papier découpé ignoble m'est particulièrement pénible, et confirme tout le mal que South Park a fait au genre, en permettant à n'importe qui de produire n'importe quoi tant que des références à George W. Bush ou Britney Spears monopolisent le contenu. Globalement, le dernier quart de la programmation est très inférieur aux séries qui ont initié la séance, même si l'impression qui s'impose est celle d'une qualité moyenne stimulante. Une nouvelle fois, les sièges de la Petite Salle m'ont davantage dévissé le derche que ne l'aurait fait un moment d'imprudence sous la douche avec Dave dans les parages.

 

Il est temps de trouver un pub pour rincer mon gosier, auquel nous irons à chaque pause entre les films et possiblement le soir si mon pied gauche ne hurle pas à la mort. A Annecy ça ne court pas les rues, les anglais n'étant pas très implantés localement, mais nous en trouvons finalement un au poil dans la vieille ville. Ils ont de la Kilkenny et de la Foster, tout ce qu'il me faut pour survivre. Niveau whisky, je déplore qu'ils n'aient pas de Glenlivet, aussi dois-je me rabattre sur un très bon Knockando, un vague parent également single malt.

 

par Amrith Zêta publié dans : Anime X-Tra
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Vendredi 23 mai 2008

Le premier volet de Kara No Kyôkai, baptisé Kara No Kyôkai : Fukan Fûkei - que l'on pourrait traduire par "La Frontière Du Vide : Le Jardin Du Pêché" - est enfin paru en DVD au Japon, six mois après sa projection remarquée dans les salles. Sans surprise, malgré ses indéniables qualités, il ne saurait se suffir à lui-même. En effet, ce premier film impressionnant d'environ quarante-cinq minutes ne représente que l'introduction à une saga d'ores et déjà planifiée et décomposée en sept chapitres de variables durées. L'invitation à l'une des entreprises les plus audacieuses jamais échafaudées dans le domaine de l'anime cinématographique : méthode carrément inédite, le studio en charge de l'animation, Ufotable, travaille simultanément d'arrache-pieds sur les sept films constituant la saga complète, afin de pouvoir livrer l'ensemble de l'histoire en moins de dix-huit mois. Une tâche colossale, une ambition qui frôle la démesure pour un projet qui ne connait aucun équivalent à ce jour.

Resituons très brièvement le contexte. Kara No Kyôkai est à la base un roman de jeunesse du très en vogue Kinoko Nasu, actuel ponte de Type-Moon et petit prodige du visual novel auquel il a offert une profondeur nouvelle par le truchement de ses deux succès, Tsukihime et Fate/Stay Night - tous deux adaptés en anime respectivement par JC Staff et Deen en 2003 et 2006. Présentant un univers plutôt fourni, Kara No Kyôkai se distingue surtout par ses nombreux allers-retours temporels, au point de fréquemment perdre le lecteur dans son scenario en soi très abordable mais à la narration particulièrement difficile et alambiquée. Dévoués, les films prennent le parti de conserver ce découpage complexe, et demandent ainsi aux spectateurs la plus inflexible des fidélités, pour ne pas s'arrêter une fois le premier volet conclu au perron d'une chronologie mise sans dessus-dessous.

























Mais en l'attente de l'intégralité des sept anime retraçant l'oeuvre originale, qu'en est-il pour l'instant du premier film ? Véritable prouesse technique qui vire à l'époustouflant lors des séquences les plus mobiles, Kara No Kyôkai : Fukan Fûkei cumule les digressions métaphysiques des films de Mamoru Oshii, le soin d'orfèvre apporté aux décors et à l'atmosphère générale à l'image des films de Makoto Shinkai, et les accouple à un scenario aérien, que l'on effleure faute de pouvoir l'assimiler de manière intelligible. Sublime, la bande-son enveloppe l'anime d'une aura à la fois glaciale et angélique et élève la production au rang d'alchimie fusionnelle.

Sans être parfaitement essentiel, ce tome d'ouverture de Kara No Kyôkai s'impose comme un véritable traité d'animation à usage des petits gabarits du secteur, Ufotable démontrant de la plus ébourrifante des manières qu'il n'est plus du tout le studio de sous-traitance 3D à prendre à la légère qu'il était encore il y a peu. Il est bien le repaire de futurs champions, et en ce sens les prochaines années risquent d'étonner plus d'un anime-fan.
 

par Amrith Zêta publié dans : Anime X-Tra
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Lundi 21 avril 2008

Etrangement, l'anime TV traverse une bonne passe ces temps-ci.
Certains nostalgiques accrochés à leur dogme prétendent l'inverse. La plupart du temps, c'est qu'ils ne suivent tout simplement plus rien des fluctuations de l'industrie depuis dix à quinze ans. Ils n'ont plus le temps, plus l'envie, ont quitté la poche démographique où pérenniser une telle passion paraît moins marginal. Dans ces conditions, il est naturellement aisé de proclamer "L'anime post-2000 n'a pas d'intérêt" en méconnaissance de cause intentionnellement cultivée. Mais en dépit de leurs remarques respectables, le fait est que rien n'est plus faux aujourd'hui. Pour avoir, parallèlement à mon attrait pour l'anime, suivi avec une assiduité relative la plupart des grandes séries live américaines des années 90', je peux dire sans sourciller que la situation décrite par les déclinistes de l'anime correspond davantage à l'univers morose dans lequel s'est embourbée la fiction TV live outre-Atlantique depuis 2005... qui paradoxalement n'a jamais connu pareil succès mondial. L'anime nippon lui, moins hype mais toujours plus productif, va plutôt bien, merci pour lui. Il n'est pas en train de se suicider à grands coups de hight-concepts impossibles à exploiter, ou par le biais de networks qui recyclent à tours de bras. Au même titre que la fiction anglaise semble-t-il redynamisée, il file droit et a toujours un imprévu dans son sac, la petite touche supplémentaire qui mérite de faire parler d'elle.
Je me souviens donc d'une année 2007 riche en séries de grande qualité, intervenant après un millésime 2006 qui, à l'opposé, était plutôt inodore. C'est un avis personnel bien sûr, mais pas uniquement : nombre d'anime-fans reconnaissent que l'année japonaise 2007 fut anormalement bien pourvue en pépites conçues pour le petit écran. Nous voici en 2008, comme d'accoutumée le line-up d'avril est l'un des plus fournis de l'année, et que peut-on d'ores et déjà en dire ? Et bien que 2008 promet, avec nombre de choses intéressantes, dont je n'évoque ici qu'une sélection choisie - gardons toutefois à l'esprit que les séries débutent à peine.


KAIBA (A+)
[SF - Fable - Expérimentation]




Un monde de colonies spatiales où la mémoire humaine est une marchandise que l'on achète, que l'on sauvegarde, que l'on falsifie, où les souvenirs sont une monnaie d'échange comme les autres. Ce système a tourné au chaos depuis que plus personne n'y est certain de son identité. Le dénommé Kaiba se réveille amnésique dans un dédale en perdition, et le seul indice dont il dispose concernant son passé est un pendentif contenant la photo d'une jeune femme qu'il a oubliée, Neiro. Il part à sa recherche en errant de planètes en planètes...

La nouvelle série de l'expérimental Masaaki Yuasa, produite par Madhouse.
Si vous aviez aimé Kemonozume du même créateur, autant le dire sec, Kaiba au vu du premier épisode s'annonce huit à dix fois meilleur. Bien sûr le chara-design façon Osamu Tezuka bourré à la vodka et le dessin intentionnellement puéril auxquels s'adonne la série vont rebuter certains anime-fans, mais rarement on a vu autant d'idées graphiques et de trouvailles oniriques à la minute, c'est un véritable ballet psychique, une invitation à une plongée synaptique dans le cerveau du déjanté Masaaki Yuasa, et pour faire court, c'est une denrée pour l'intellect. Dans ce cadre, le scenario aurait pu n'être qu'un faire-valoir inutile, immolé sur l'autel de la masturbation auteurisante si prisée des festivals. Bien au contraire loin d'être accessoire, il est déjà mis en branle au terme du premier opus, avec quantité d'interrogations, de mystères et d'enjeux dans la balance. Que ce soit sur la forme ou le fond, la série a vraisemblablement un propos. On ajoute au tout une pincée d'humour bizarroïde, de musique doucereuse et intriguante, pas mal de créatures difformes, et on obtient un premier épisode tout simplement magistral. Si l'anime OVNI qu'est Kaiba devait poursuivre dans cette voie avec la constance qui fait défaut à tant de productions, à l'inverse donc de Kemonozume qui s'était un peu perdu en route, ce pourrait être l'un des incontournables de 2008.

Premier épisode : 9/10 du grand art.


SOUL EATER (A)
[Combat - Humour - Drama]




Maka Alban, Black Star et Death the Kidd sont trois étudiants de l'école des Shinigami de Shibusen. Ils y apprennent à faire évoluer leur arme vivante pour en faire de véritables Death Scythe, des faucheuses. Pour y parvenir, les étudiants doivent collecter au préalable quatre-vingt-dix-neuf âmes plus une de sorcière...

L'anime a commencé, c'est signé Bones et c'est situé quelquepart entre l'emballant et l'académique.
Est-ce que l'on tient le nouveau shonen success du studio après Fullmetal Alchemist est une question que l'on se réservera pour plus tard, reste que malgré beaucoup de clichés - et pas mal de fan-service pour un anime diffusé sur Tv Tokyo - les premiers épisodes sont attrayants, et surtout, vraiment charismatiques. Les combats sont somptueux, l'ambiance gothique urbaine à l'européenne est accouplée à une palette de couleurs qui évoque davantage les dessins-animés américains de Cartoon Network que l'anime ordinaire, bref l'identité visuelle du show démarque vraiment la série du lot... à tel point qu'on oublie vite que l'atmosphère générale n'est pas sans remémorer le bien moins virevoltant D. Gray Man. Le chara-design est intéressant même si un peu plus rangé que celui de l'oeuvre originale. Qu'on se le dise, on reste dans du convenu, mais techniquement ces deux premiers épisodes ont une sacrée classe. Moi en tout cas je suis prêt à essayer la suite. Et puis j'allais oublier la bande-son, très dynamique, une  techno-rock-rap émoustillante qui rappelle parfois Gurren Lagann et qui colle parfaitement à l'anime, du bon gros délire gras comme on aime. Soul Eater s'annonce tout simplement comme l'une des meilleures séries 2008.

Et je ne pensais pas dire ça un jour d'un shonen.


ALLISON & LILIA (A-)
[Aventure - Romance - Mystère]


 

Dans un univers parallèle où la technologie est indexée aux connaissances techniques des années 40, la Terre est divisée en deux pays-continents qui se livrent une guerre sans pitié depuis des décennies. Allison est une jeune pilote de l'air de dix-sept ans dont l'avion s'écrase accidentellement en terrain ennemi, de l'autre côté de l'immense fleuve qui sépare depuis toujours les deux contrées en conflit. Accompagnée par son ami d'enfance Vill, petit génie qui tout comme elle a la chance d'être bilingue, elle se lance à la recherche d'un trésor légendaire...

C'est le premier nouvel anime du line-up d'avril.
Madhouse est aux commandes de cette adaptation des romans éponymes de Keiichi Sigsawa, le créateur de Kino No Tabi. Et dans ces premiers épisodes c'est la même ambiance que l'on retrouve, une ruralité presque française, des vieillards et leurs souvenirs embrouillés, un rythme apaisé. Techniquement c'est quelconque, sans grands effets, mais cette simplicité se marie bien à ce qui semble être un anime d'aventures à l'ancienne comme on les guette depuis leur semi-disparition. Dès le commencement, on est curieux d'en savoir plus, à la fois sur la guerre en dormance entre les deux pays, et sur la façon dont évoluera la relation mignonne entre Allison et Vill. "Mignon" le mot est lâché, ce programme un peu pastel a quelque chose de naïf et d'enfantin. Et bien que je ne rechigne jamais à quelques panty shots ou à du Gainax bounce, c'est parfois très plaisant de tomber sur un premier épisode complètement dénué de fan-service à deux francs. C'est simple et sans artifices chimériques. Sans aucun doute, Allison & Lilia est encore un potentiel bon anime d'avril 2008 à surveiller. Et Madhouse de confirmer par la quantité et la variété de ses productions qu'il est devenu le studio majeur du moment.

Ca fleure bon les années tendres, comme pas mal d'anime diffusés sur NHK.


KURENAI (B-)
[Drama - Moe - Quotidien]



Shinkuro Kurenai, seize ans, est un spécialiste de la résolution de conflits entre les gens. Façon de dire qu'il retrousse souvent ses manches et que ses coups de poings sont coriaces. Un jour il se voit confier la protection d'une petite fille en danger, et accepte bon gré mal gré cette mission qui déroge à ses habitudes. Le voici qui découvre la cohabitation avec une enfant au caractère difficile, issue d'une noble lignée...

La dernière fois que nous quittions Brain's Base, le studio venait de conclure Baccano ! dans un murmure.
L'une des surprises plaisantes de 2007, une bonne petite série qui avait pour inconvénient d'être un peu difficile à suivre tant l'histoire était alambiquée et le nombre élevé de personnages simplement décourageant. Kurenai d'après la light-novel éponyme a peu de chances de faire bonne figure par chez nous comparé à son prédécesseur, et ce pour plusieurs raisons. Tout d'abord, les sous-entendus lolicon de l'anime, non frontaux mais pas non plus imaginaires, frisent le voyeurisme et embêteront quelques anime-fans locaux. Deuxièmement, après trois épisodes diffusés, il est toujours impossible de déterminer quel sera le fil conducteur de l'intrigue. Entre les missions musclées de Kurenai, sa relation avec la petite Murasaki, la composante fantastique semble-t-il sous-jacente, les plaies familiales en trame de fond et quelques affaires de romances lycéennes éculées, on fatigue un peu d'attendre le moment où la série optera pour une orientation claire et davantage balisée. L'animation étant correcte sans non plus casser trois pattes à un canard, on retiendra surtout le très beau chara-design de Kumi Ishii - Rozen Maiden - comme principal élément d'attraction.

A noter, l'un des génériques d'ouverture les plus laids jamais répertoriés par l'humanité.


MACROSS FRONTIER (A-)
[SF - Action - Romance]



En 2059, le voyage de la vingt-cinquième flotte d'émigration spatiale, le Macross Frontier, est mis en péril par l'attaque de créatures inconnues. Inconnues ? En tout cas pas des autorités qui comptaient les jours en attendant leur arrivée. Trois civils vont se retrouver plongés au coeur du conflit : le jeune Alto qui rêve de devenir pilote de Valkyrie, la chanteuse superstar Sheryl en tournée sur le vaisseau, et Lanka l'une de ses fans et gamine pleine d'entrain...

Shoji Kawamori nous offre une nouvelle série pour fêter le vingt-cinquième anniversaire de la saga Macross.
Après un premier épisode très impressionnant livré en avant-goût fin 2007, l'anime a enfin débuté sa diffusion régulière. Trois segments plus tard, on est toujours estomaqué par la qualité de la réalisation, plus conforme aux normes qualitatives d'une OVA grand luxe que d'un show télévisé. Sceptiques du fait de l'usage de 3D dans la représentation des Valkyries - comme lors de Macross Zero - et des ennemis Vajra, les fans ont changé leur fusil d'épaule au vu des premières batailles aériennes, absolument formidables et toujours empruntes de Itano Circus à foison. Largement mieux intégrés que les pâtés de pixels proposés l'an dernier par Production IG et Gonzo - respectivement Reideen et Bokurano - et ce grâce à un léger effet cel-shading, les CG de Macross Frontier sont, comble de l'ironie, un atout par rapport aux compétiteurs. Le scenario lui en revanche a un peu de mal à décoller : à la fois séquelle et remake déguisé des précédentes séries, le programme n'a pas encore trouvé sa voie, et lorgne trop souvent du côté du passé. Soyons cléments, il ne s'agit que des trois premiers épisodes et malgré tout le divertissement est garanti. En attendant ce grand boom, les habitués se délecteront du fan-service omniprésent et redoutablement efficace : des statues du Macross premier du nom ornent la ville, Lanka est serveuse dans un restaurant chinois comme Lyn Minmay, des cartes militaires montrent la planète Eden de Macross Plus et ainsi de suite. Les puceaux pour leur part se contenteront d'un fan-service ô combien moins inspiré grâce à Lanka, soumission supplémentaire au règne du moe !

Reste à savoir si ce bijou incritiquable sur la forme saura à moyen-terme sortir de son écrin pour casser la baraque avec des arguments... un peu plus scriptés.
 

HIMITSU - TOP SECRET (C+)
[Policier - Drama - SF]



Dans le futur, la police utilise une technologie capable de décrypter les images vues par les victimes juste avant leur mort, ainsi que leurs derniers souvenirs. Grâce à ces techniques, le taux d'élucidation des affaires suit une courbe ascendante mais de nouveaux problèmes émergent dans leur sillage, à commencer par l'exposition publique de secrets enfouis qui n'auraient jamais dû être déterrés...

Le premier épisode m'a largement déçu.
Himitsu - Top Secret faisait partie des séries que j'attendais, adaptée du manga de Reiko Shimizu, mais cette petite historiette d'introduction ne propose malheureusement qu'une succession de clichés mille fois revus, de personnages fades, de BGM nuls de chez nuls, le tout enrobé d'une couche crypto-gay mièvre et opportuniste. Pour couler le navire, on peut porter l'attention du lecteur sur le fait que le suspense est inexistant, étant donné que l'on devine l'issue de l'enquête immédiatement, ce qui représente quand même l'erreur à éviter en priorité dans le genre semi-policier que l'anime prétend prolonger. Je ne dirais pas que c'est franchement mauvais mais honnêtement, dans le genre procedural voire thriller à l'américaine, les séries live de type FBI Portés Disparus ou Cold Case font cent fois mieux depuis belle lurette, d'où mon questionnement sur le bien-fondé de produire des anime qui s'inscrivent dans ce genre - peut-être l'unique d'entre tous - où une prestation d'acteur peut faire toute la différence. Que la suite me donne tort, merci.

Au passage, croyez-le ou non mais le personnage au premier plan de l'illustration est un homme... ce qui n'empêche nullement quinze gros-plans sur ses lèvres rosées et pulpeuses durant l'épisode. A partir de quel moment peut-on considérer qu'une fille qui aime le yaoi est en fait une lesbienne qui s'ignore ?


ITAZURA NA KISS (B-)
[Romance - Humour - Quotidien]




Kotoko a un faible pour le très intelligent Naoki, qui la rejette brutalement parce qu'elle est une élève de la Classe F, celle des sous-doués. Elle s'apprête à abandonner l'idée de se rapprocher de ce garçon antipathique, mais le soir-même un tremblement de terre détruit sa maison. Un ami d'enfance du père de Kotoko les invite tous les deux à vivre dans sa grande maison en attendant de trouver une solution. Evidemment, l'ami en question a aussi un fils, et ce fils n'est autre que Naoki...

Sans doute l'anime le plus old-school de la saison, adapté par TMS d'un shojo manga qui il est vrai date un peu - sa mangaka, Kaoru Tada, est décédée d'une hémorragie cérébrale en 1999. Le chara-design fait très première moitié des 90', idem pour l'humour - le retour des corbeaux qui traversent l'écran et un bon répertoire de grimaces à l'ancienne - et c'est à ce titre que le charme opère. L'animation est moyenne, le filtre blanc par-dessus l'image est un peu pénible, mais l'important est ailleurs. Les deux premiers épisodes sont rythmés, drôles et plaisants à la Kare Kano. Mais patatra, le troisième volet tombe dans les travers habituels du shojo gnan-gnan et réduit d'une traite l'enthousiasme suscité par la fraicheur de ceux qui l'ont précédé : reste à savoir si cette romance trop romancée n'est que passagère ou si la tendance se poursuivra en décimant le capital sympathie de la série avec elle. Quoiqu'il en soit, les filles vont adorer, mais pas qu'elles puisque votre serviteur aussi a décidé de laisser sa chance à cet anime anachronique.

Itazura Na Kiss
rejoint donc l'interminable liste des anime d'avril 2008 dignes d'attention.


GOLGO 13 (TV) (B)
[Espionnage - Action - Policier]




Le redoutable tueur à gages Golgo 13 reprend du service...

Première adaptation animée télévisée pour le manga créé en 1969 par Takao Saito. C'est un plaisir de retrouver l'impitoyable Duke Togo, même si 150 tomes du manga oblige, j'ai du mal à discerner les histoires inédites de celles reprises de chapitres en particulier. On sent la volonté de suivre l'exemple des précédents travaux de Osamu Dezaki - l'écran splitté fait une apparition bienvenue - mais dans ces deux premiers épisodes ni le talent ni le budget n'ont l'air comparables en définitive. Pour dire vrai, c'est un peu mou du genou en matière d'animation, malgré quelques effets 3D assez réussis de la part de Answer Studio, mais ces économies semblent liées au grand nombre d'épisodes prévus, environ une cinquantaine. Le scenario du premier segment, inévitablement conçu pour tenir en vingt minutes, est quelconque et ne rend pas forcément justice à la complexité dont fait parfois preuve le manga. Celui du second épisode est plus intéressant, puisqu'il met Golgo 13 en fâcheuse posture, mais une fois encore, je reste persuadé que le format des anime télévisés  n'est pas le plus adapté à l'oeuvre. Le résultat, froid bien que peuplé de créatures dénudées, est donc mi-figue mi-raisin. Si le personnage n'était pas un monument nostalgique, pour ne pas dire un mythe, on serait sans doute moins indulgent. Partial, je dirais que j'ai bien aimé, mais seulement parce que ça m'a fait plaisir de retrouver ce visage familier. Si j'étais véritablement objectif, ce début de série m'aurait plutôt inspiré un haussement d'épaules résigné façon "D'accord je prends acte", sans plus.

A ne pas louper, le générique de clôture en totale conformité d'esprit avec le manga.


CODE GEASS R2 (A)
[SF - Drama - Fantastique]




Suite de la première série, qui se concluait sur un cliffhanger intense. Lelouch va de nouveau devoir déjouer les plans de l'Empire de Britannia, contracter des alliances et réorganiser la rébellion, tout en préservant secrète sa véritable identité. Obstacle de taille à ses ambitions de pouvoir et de libération nationale, l'arrivée inopinée d'un petit frère, Rolo, que tout le monde semble avoir accepté comme tel voilà plusieurs années. Mais la situation et l'entente apparente ne sauraient faire oublier à Lelouch qu'il n'a jamais eu de frère...

J'ai fortement douté de la capacité de Sunrise à produire une suite qui puisse avoir un intérêt.
Hit en puissance de 2006-2007, Code Geass prenait le risque de s'éterniser, de devenir un gros navet pour satisfaire aux lubies de quelques centaines de milliers de fans acharnés. J'avais omis un détail, c'est que Goro Taniguchi - Infinite Ryvius, Planètes et GunXSword - est encore une fois aux commandes. Comme d'habitude, il faudra jouer le jeu d'une ou deux invraisemblances pour adhérer à l'histoire complexe et aussi un peu capillo-tractée que l'on nous sert, mais une fois cet effort accompli, la série retrouve son tonus et son extraordinaire capacité à étonner avec des rebondissements à la minute. Ecueil presque systématique de tous les anime du même type qui ne savent rapidement plus quoi en faire, l'ajout de personnages supplémentaires est ici médité en amont et contribue à une tornade de relations interpersonnelles bouillonnantes, de conflits prometteurs et de séquences à suspense sulfureuses. Cerise sur le gâteau, les choses vont vite, très vite, peut-être trop vite, et l'ennui n'est pas prévu au programme. En seulement trois épisodes, Code Geass R2 semble légitimer son existence avec une confiance désinvolte, à l'image d'un Lelouch diaboliquement sûr de lui, en rappelant l'excellence de ses débuts, la pertinence de son fond habité de considérations politiques loins d'être idiotes, le tout surmonté de combats toujours vifs et sans fioritures. Emaillé de petits défauts mais inondé d'immenses qualités narratives, Code Geass est bel et bien de retour, et si quelques situations répétitives s'immiscent dans le tas, c'est pour mieux être dégommées l'instant d'après par un twist venu des entrailles de l'âge d'or de Sunrise.

Le robot anime est un genre peu sollicité en 2008, et on comprend pourquoi. La concurrence se cache !


NABARI NO OU (B-)
[Combat - Folklore - Humour]




Rokujo Miharu est un lycéen étourdi et insouciant mais il possède un pouvoir unique. Alliés et rivaux s'organisent chacun de leur côté tandis qu'il devient la cible des légendaires et dangereux ninjas Iga. Il est vite entrainé dans une lutte de longue haleine où il devra apprendre à contrôler ses capacités pour survivre...

Un autre shonen qui a la malchance de débuter en même temps que Soul Eater. Pourquoi malchance, et bien parce qu'à côté de l'immense recherche stylistique accomplie par Bones sur sa dernière création, cette petite série de JC Staff fait pâle figure avec ses décors crayonnés, sa réalisation correcte mais sans envergure et son chara-design plutôt morne, dont on ignore quelle substance ont consommé les responsables pour en faire une telle tribune yaoi - fidèle au manga cela étant. Le scenario, portant sur les rivalités ancestrales entre groupes de ninjas, s'annonce anorexique et d'une grande banalité, d'autant que les personnages ne semblent posséder aucune aura particulière qui pourrait rendre l'anime captivant à moyen-terme. Au final les deux premiers épisodes se laissent suivre sans trop de déplaisir, ça n'est même pas si mal pour un studio globalement généreux en pétards mouillés, mais quand je pense que la série s'étendra peut-être sur plus d'une quarantaine de segments, des gouttes de sueur perlent à mon front. Voilà je crois un programme que ceux qui s'auto-proclament public difficile pourront contourner sans grands regrets, même si je compte bien tester encore un peu la consistance de la mixture. Pour l'instant, aucune passion ne ressort du contenu, décent sans plus, avec un humour au moins aussi étrange que l'aspect rudimentaire du design général.

Shonen ou pas, on a du mal à concevoir un succès gargantuesque pour cette série aux débuts pour le moins modestes. Le jour où mon petit cousin portera un t-shirt à l'effigie de Rokujo est encore loin.
 




Dans un prochain billet, j'émettrai si possible quelques commentaires précoces - et donc péremptoires comme ceux qui jalonnent ce post ! - sur les autres séries majeures d'une saison mouvementée qui mériterait plus que ça : Tower Of Druaga, Amatsuki, Real Drive, Chi's Sweet Home, Blassreiter, Toshokan Senso... 
Non, non, aucun commentaire sur Kanokon...

par Amrith Zêta publié dans : Anime X-Tra
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Après bientôt treize longues années à discutailler de Neon Genesis Evangelion en divers lieux, je me décide à inaugurer un blog consacré à l'actualité de l'anime qui a redéfini son genre et bousculé les limites de la télévision. Eva Express se veut ainsi prolixe à la fois sur les grandes annonces et les petits échos, mais ne se dispensera pas si besoin est de déborder sur certains sujets annexes, à l'occasion d'autres lubies.

Amrith Zêta

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